Anacruse

2002

Christiane Guymer

 

La boucle est bouclée, comme on dit, c’est-à-dire

qu’il a fallu 50 ans pour que je sois capable de

réaliser ce tableau sans en être bouleversée, en

hommage à Peter qui, lui, était un véritable peintre.

 

Pour décoder ce tableau :

 

– en haut, à gauche, se trouve le rêve prémonitoire de sa mort que j’ai eu deux ans avant notre mariage (et que je n’ai pu dessiner qu’en 89 seulement, au sortir d’un choc émotionnel reçu par un dessin de Matisse qui s’est superposé à mon rêve) ;

 

– en haut, à droite, j’ai reproduit sur la toile deux gravures de Peter qui illustrent le voyage d’Ulysse. Dans le cadre, le mot Ulysse est écrit avec des signes d’un des alphabets créés par mon frère dans ses œuvres lettristes.

 

– au milieu, la photo de Peter à 23 ans, à Fontainebleau, le jour de notre mariage. Sous sa photo, l’en-tête du journal «arts» (par lequel nous nous sommes connus, et paru juste après la dernière guerre), associé au nom de la Royal Academy of Arts dont il fut premier Prix à 19 ans.

          Autour de son portrait, le mot ANACROUSE écrit en blanc (avec d’autres signes) : il s’agit d’un terme musical qui désigne les notes initiales d’un rythme, qui précèdent la première barre de mesure et mènent au premier temps fort. Je pense que c’est ce que j’ai vécu avec Peter qui m’a beaucoup apporté malgré le peu de temps vécu ensemble.

 

- au dessous, une petite photo de lui et moi, en mariée, le tout reposant sur son nom écrit verticalement, en double, également dans un autre alphabet écrit par mon frère.

 

- en bas à gauche,                   dessin qui a été fait pour une sculpture (que je n’ai jamais faite, avec aussi des signes, qui veulent dire DOULEUR), et que j’ai entouré du carton représentant le Queen Elizabeth –que j’ai pris pour aller la première fois en Amérique en 1951–, voyage en novembre, horrible par la tempête, qui dura six jours et cinq nuits ! À côté, une étiquette à mon adresse en Amérique, écrite par ma mère qui m’envoyait des petits colis avec « des choses de France » contre le spleen… À côté, la couverture du premier film réalisé par mon frère, Le film est déjà commencé ? En 1951 et dont il m’envoya le livre en Amérique.

 

- en bas, à droite, une lettre de la London School of Arts stupéfaite d’apprendre le décès de Peter si jeune; une page manuscrite de son agenda en 1948, quand il vint pour la première fois en France ; et la photo de l’ancienne église près de laquelle il est maintenant enterré, avec le plan d’Upminster où l’on voit la rue où il habitait chez ses parents.

             Au-dessous j’ai écrit EMET et MET : mots que j’ai entendus au moment même où je peignais mon tableau. En hébreu (peut-être l’orthographe n’est pas exacte), ces mots veulent dire : mort et vérité.